
« Si donc vous vous êtes réveillés [vous êtes ressuscités] avec le Christ, cherchez les choses d’en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu. Pensez à ce qui est en haut, et non pas à ce qui est sur la terre. Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ, votre vie, se manifestera, alors vous aussi vous vous manifesterez avec lui, dans la gloire. » (Col 3.1-4)
« Vous êtes morts ! » et : « Vous êtes ressuscités ! » Ces deux affirmations paraissent irréelles. Il paraîtrait plus logique que Paul écrive : « Vous mourrez, puis vous ressusciterez. » Mais non, il parle bien au présent : « Vous êtes morts ! » et « Vous êtes ressuscités ! » N’y a-t-il pas un problème de logique ?
On serait plutôt tenté de dire : « Ou bien je suis mort, ou bien je suis ressuscité, mais pas les deux à la fois ! » En fait, l’apôtre veut nous réjouir et nous réconforter avec des vérités aussi profondes que fortes. Et il le fait d’une façon à laquelle les jeunes en particulier devraient être sensibles.
Ne reprochent-ils pas souvent au monde adulte – à celui de la politique, des affaires, de l’emploi, voire des études – de mettre l’accent trop sur les apparences, et pas assez sur les réalités ? C’est aussi ce qui se passe parfois dans l’Eglise, et, à certains moments, dans la tête de chacun de nous, ce qui est source de souffrances, de doutes, de découragement et d’abandon.
Paul veut nous regonfler, nous armer pour la vie… et la mort, nous réconforter, et remplir notre cœur d’une joie et d’un élan vital sans pareils. Pour cela, il utilise une technique très simple : il oppose apparence et réalité.
En ce temps de Pâques, réfléchissons à L’ETRE ET LE PARAÎTRE, ou, en d’autres termes : De quoi avons-nous l’air ? Et qui sommes-nous en réalité ?
Commençons par le paraître, l’apparence. Que n’a-t-on glosé sur le compte de l’Eglise et des chrétiens ! Que ne s’est-on moqué de notre foi dans le divin Ressuscité !
« Voilà des gens qui disent que la mort n’a plus de pouvoir sur eux, mais ils meurent comme tout le monde ! » « Voilà des gens qui disent que leur Christ a maté la mort, mais il a lamentablement échoué sur une croix ! » « Voilà des gens qui attendent le retour de leur Seigneur, « mais c’est pour quand ? Nos ancêtres sont morts, et depuis que le monde est monde, rien n’a changé ! » » (2 P 3.3) « Voilà des gens qui disent que leur Seigneur est tout-puissant, mais, comme tout le monde, ils connaissent des échecs, des maladies, des problèmes, et la mort ! »
Même l’apôtre pouvait citer toute une litanie de douleurs, d’épreuves et d’échecs dans sa vie. Il écrira aux Corinthiens : « Ainsi, nous sommes accablés par toutes sortes de détresses, et cependant jamais écrasés. Nous sommes désemparés, mais non désespérés. » (2 Co 4.8)
Quelle était l’une de ses recettes pour garder le moral, ou pour pouvoir écrire aux chrétiens de Rome : « Mais dans tout cela nous sommes plus que vainqueurs ! » ? (Rm 8.37) Avant de répondre à cette question, rappelons ce qui s’est passé à Colosse, paroisse à laquelle il écrit ces lignes.
Cette paroisse a connu de graves problèmes, et l’apôtre se sent obligé de les aider pour qu’ils ne se laissent pas entraîner par de faux enseignements. On voulait leur imposer des signes extérieurs de piété. On voulait leur faire croire que pour plaire à Dieu, pour se concilier sa faveur, tout le monde devait suivre des règles bien précises quant à l’alimentation, les fêtes et autres règles de comportement.
Bref, on érigeait le « paraître » en système. On voulait que tout le monde mette l’accent sur les apparences sans se soucier de la réalité spirituelle.
Bien entendu que nous nous efforçons d’avoir un comportement d’enfant de Dieu. Bien sûr que nous suivons des règles communes pour pouvoir vivre, adorer et agir ensemble. Pour cela nous avons des liturgies ou des statuts dans l’Eglise, dans les paroisses, dans les différentes associations comme « L’Heure Luthérienne », ou encore des résolutions prises dans des assemblées.
Mais gare à nous si nous le faisons pour le « paraître » ! Ce qu’on nous voit faire devrait venir de notre réalité intérieure, de ce que nous sommes. Tous ceux qui s’agrippent aux apparences pour les apparences, tous ceux qui placent leur foi dans les règlements et les rites, ceux-là sont encore attachés aux « réalités qui appartiennent à la terre », au lieu de « tendre vers les réalités d’en haut, là où se trouve le Christ, qui siège à la droite de Dieu ». Et là l’apôtre oppose aux apparences, au paraître.
Paul surprend : « Vous êtes morts ! » Plus haut, il avait écrit avec plus de détails : « Vous êtes morts avec le Christ à tous ces principes élémentaires qui régissent la vie dans ce monde […] vous êtes morts aux réalités qui appartiennent à la terre. »
Dans ce monde on n’a rien sans rien. Ou bien on produit soi-même ce qu’on veut, ou on l’achète. Sur le plan des religions imaginées par les hommes, cela a donné le légalisme : ou bien on satisfait la divinité par ses propres œuvres méritoires, ou alors on est rejeté par la divinité.
Mais « vous » qui placez votre foi dans l’œuvre méritoire du Christ, « vous êtes morts à tous ces principes élémentaires », « vous êtes morts » à toutes ces exigences légalistes. Notre mort corporelle est une mort à la vie corporelle, une coupure avec la vie : notre corps sera hors d’atteinte pour les forces de la vie. Les aliments, les médicaments, la musique, la beauté, plus rien n’aura d’effet sur notre corps.
De façon analogue, en plaçant notre foi dans la mort et la résurrection de Jésus, ces règles prétendument destinées à forcer le respect de Dieu, ces exigences, ne peuvent plus nous atteindre, elles n’ont plus d’emprise sur notre devenir d’enfant de Dieu, elles n’ont plus aucun effet sur notre relation avec Dieu. Car « vous êtes aussi ressuscités avec Christ ! »
Certes, pour l’instant il n’est pas possible de voir que « vous êtes ressuscités avec Christ », pas plus qu’il est possible de voir le Christ ressuscité. Mais depuis que Dieu a fait alliance avec nous dans notre Baptême, tout ce que Jésus a fait est porté à notre crédit, tout ce par quoi il a passé, il le partage avec nous : aussi bien les fruits de sa mort que ceux de sa résurrection. Lui-même n’avait que faire de la mort et de la résurrection. Ce n’est pas pour lui qu’il a passé par là, mais pour vous et pour moi, pour le monde entier.
Il nous a frayé ce passage vers Dieu parce que nous-mêmes n’étions pas capables de cette prouesse : notre péché et notre culpabilité nous en empêchaient totalement. En remplissant les conditions que la Loi nous adressait, il nous a soustraits aux exigence de la Loi, et en expiant nos péchés il nous a aussi soustraits aux conséquences de nos défaillances coupables : Par son itinéraire victorieux à travers la mort et la résurrection il nous a entraînés à sa suite et nous fait partager les bienfaits de sa mort et de sa résurrection.
Ce que nous sommes en réalité dépasse infiniment ce que nous semblons être. Jésus est mort et ressuscité pour nous ; nous n’avons plus à craindre tout ce qui aurait dû – ou tout ce qui semble – nous entraîner vers la mort éternelle : Nous, les croyants, nous faisons déjà partie des « choses d’en haut », des réalités célestes, même si notre vie se déroule encore en bas, sur terre.
Il est donc vain d’ironiser sur notre apparence, car « votre vie est cachée avec le Christ ». Notre vie d’enfants de Dieu est intimement unie à celle du Christ victorieux de Pâques ! Car « Christ est votre vie ». La relation de foi dans laquelle nous nous trouvons avec lui fait que Dieu nous identifie à lui. Pour Dieu, nous, les croyants, faisons déjà partie des « réalités d’en haut, là où se trouve le Christ ».
Pour l’instant, nous ne pouvons pas voir le Christ ressuscité « assis à la droite de Dieu ». C’est que notre vie réelle « est cachée avec le Christ » victorieux. Et elle est « cachée » où ? – « En Dieu ! » Par sa résurrection, Jésus nous a élevés dans les bras du Père. Ces bras sont assez vastes pour nous entourer et nous porter à chaque instant ici-bas. Et surtout, notre Père céleste nous aime autant que son Fils bien-aimé venu sur terre pour nous réconcilier avec lui.
Pour l’instant, les apparences peuvent être trompeuses, mais le moment viendra où cela va changer. « Le jour où le Christ apparaîtra, lui qui est votre vie, alors vous paraîtrez, vous aussi, avec lui, en partageant sa gloire. » Pour l’instant, ce que nous sommes en réalité demeure caché, mais nous qui croyons que Jésus est mort et ressuscité pour nous, nous sommes rien moins que des « ressuscités avec Christ » !
Lorsqu’il reviendra, il n’y aura plus de différence entre ce que nous sommes et ce que nous paraissons être : alors nous paraîtrons transfigurés et glorifiés comme lui. Si nous nous réjouissons tant en ce temps de Pâques, c’est que ce jour-là, c’est notre résurrection à nous qui s’est jouée à Jérusalem. « Vous êtes aussi ressuscités avec Christ ! » Cela, l’apôtre le dit à chacun d’entre nous qui nous repentons de nos péchés et faisons confiance à ce que Jésus est allé faire pour nous sur la croix.
« Vous êtes ressuscités avec Christ ! » … Nous rendons-nous compte de la portée de cette vérité ? Cela signifie que nous sommes avec le Ressuscité, nous appartenons à son Royaume.
Oui, mais lui il est « là haut », et nous, nous sommes là, « en bas » ! Raisonner ainsi serait mal comprendre ce qui s’est passé avec la résurrection de Jésus. Quand Jésus est ressuscité des morts, son corps a commencé un mode d’existence différent : depuis, il vit dans son état d’exaltation et de gloire.
Où ça ? – « A la droite de Dieu » où « il siège » : C’est là une expression imagée. « Dieu est Esprit » (Jn 4.24), il est présent partout : il n’a ni gauche ni droite. Tous les passages où il est question de « la droite du Père » parlent des pleins pouvoirs que le Fils exerce au nom du Père en faveur des siens.
Ne cherchez pas « la droite du Père » au-delà des nuages. Elle est à votre droite, à votre gauche, derrière et devant vous, elle est partout où vous vous trouvez et où le Christ ressuscité exerce son pouvoir de miséricorde. Voilà ce que sa résurrection nous a apporté.
Du coup, l’exhortation pascale de Paul prend une force tout à fait nouvelle : « Recherchez donc les réalités d’en haut, là où se trouve le Christ, qui siège à la droite de Dieu ! » Par là, il ne nous demande pas de ne songer qu’à la vie éternelle et de n’avoir que ce mot à la bouche. « Recherchez les choses d’en haut ! » ne signifie pas – surtout pas ! – : « Désintéressez-vous de ce qui se passe ici-bas ! »
Cela signifie simplement : Ne raisonnez pas comme les gens de ce monde ; ayez un raisonnement qui correspond à votre situation de co-ressuscités du Christ ; que le pivot de votre vie, la boussole de vos pensées, le critère de vos actes soient Jésus-Christ, et Jésus-Christ ressuscité pour vous après être mort pour vous !
Que votre vie soit illuminée et guidée par la joyeuse certitude que le Christ ressuscité est avec chaque pécheur repentant et croyant, qu’il a réglé auprès du Père le problème de votre péché et qu’il est tout heureux de constater que vous lui en êtes reconnaissants et le lui montrez par vos efforts à vivre pour lui plaire.
Ne vous laissez pas leurrer par ceux qui voudraient remplacer le Ressuscité par des règles méritoires. « Vous êtes morts avec le Christ à tous ces principes élémentaires. » Et ne vous laissez pas déboussoler par l’aspect des choses : les réalités profondes de la foi chrétiennes sont « cachées avec Christ en Dieu ».
N’oubliez pas ce qui est profondément vrai par-delà les apparences : « Vous êtes ressuscités avec le Christ ! Recherchez donc les réalités d’en haut […] De toute votre pensée, tendez vers les réalités d’en haut » : votre pardon en Christ, votre appartenance au Ressuscité pour l’éternité, votre vie qui se déroule entourée par la fidélité miséricordieuse du Christ vivant !
« Christ est ressuscité » – et il vous fait partager sa victoire ! Réjouissez-vous ! – et adorez-le pour cela !
Article issu de la revue Amitiés Luthérienne n°69.
NB : les titres intermédiaires ne sont pas dans le texte d’origine et permettent d’adapter le texte à la lecture à notre public.