
Un jour on m’a fait remarquer que si le « Symbole Apostolique » faisait la part belle à Jésus-Christ, deuxième Personne de la Trinité, le Saint-Esprit, troisième Personne, n’avait droit qu’à la seule mention : « Je crois au Saint-Esprit. »
Il est vrai que seul Jésus s’est incarné ; on ne peut donc énumérer des étapes de la vie terrestre que pour lui.
Mais le « Credo » fait bien plus que simplement mentionner le Saint-Esprit. Seulement, à la place d’événements de la vie terrestre il énumère ses œuvres : « la sainte Église universelle, la communion des saints, la rémission des péchés et la vie éternelle ».
Cette énumération n’est pas un rajout au Père, au Fils et au Saint-Esprit, cela romprait le plan trinitaire du « Credo » ; non, ce sont les œuvres du Saint-Esprit qui sont énumérées à la suite de son nom.
Ce serait sans doute plus clair s’il y avait des verbes, comme le fait Martin Luther dans son explication :
Ainsi on verrait tout de suite qu’il s’agit là des œuvres du Saint-Esprit.
Évidemment, le Saint-Esprit a participé à toutes les œuvres de Dieu :
De tout cela nous retirons les bienfaits. Mais nous voulons ici parler plus particulièrement de son action sanctifiante.
Il est vrai qu’on parle plus souvent de l’œuvre de Jésus-Christ, auteur de notre salut, que du Saint-Esprit auquel nous devons pourtant tant.
« C’est poussés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu » (2P 1.21), au point que les auteurs divinement inspirés des livres de la Bible peuvent dire : « L’Esprit de l’Éternel parle par moi et c’est sa Parole qui est sur ma langue » (2S 23.2) ou : « Nous en parlons [des bienfaits de Dieu] avec les paroles qu’enseigne l’Esprit saint. » (1Co 2.13)
C’est donc à l’action du Saint-Esprit que nous le devons d’avoir « une parole certaine » (2P 1.19) comme fondement solide et sûr de notre foi (Ep 2.20).
Et si on a l’impression qu’on parle un peu moins de l’action du Saint-Esprit que de l’œuvre de Jésus-Christ, c’est que, dans l’Écriture qu’il a inspirée, il ne se met pas en avant mais « il rend témoignage de moi » précise Jésus (Jn 15.26). Présenter Jésus et son œuvre de salut, voilà sa mission principale.
Jésus avait promis aux disciples qu’après son Ascension il enverra un autre « Paraklet » que lui,« l’Esprit de vérité » qui rendra témoignage de lui et de ce qu’il a fait durant sa vie dans l’abaissement sur terre et de ce qu’il fait maintenant qu’il est glorifié à la droite du Père (Jn 14.26 ; 15.26 ; 16.13-14).
Cette promesse de Jésus s’est accomplie dix jours après l’Ascension, lors de la première Pentecôte (Act 2) et continue de s’accomplir partout où l’Évangile est prêché dans le monde.
Pour bien comprendre le but et le résultat de l’œuvre du Saint-Esprit, il faut revenir sur le nom que Jésus lui donne à plusieurs reprises : (Jn 14.16+26 ; 15.26 ; 16.7 et que l’apôtre Jean reprend dans 1Jn 2.1) : ὁ παράκλητος (ho Parakletos), « le Paraklet », celui qui vient au secours, qui assiste en défendant, en réconfortant, en consolant.
En fait, il n’existe pas en français, ni en allemand, en anglais ou en espagnol, un mot qui recouvre tous les sens du nom grec original. Aussi les traducteurs ont dû choisir entre des mots qui ne rendent qu’une partie du sens original.
Cela explique que certains traduisent par « Aide » ou « Assistant » ([“Helper”] NASB),
d’autres par « Défenseur » (Segond 21, NBS),
d’autres encore par « Consolateur » (Luther [„Tröster“], Ostervald, Segond, RVC [« Consolador]).
La Bible de Jérusalem a gardé le terme « Paraklet », ce qui n’est pas compréhensible sans explication.
L’œuvre du Saint-Esprit a pour but de venir en aide aux pécheurs que nous sommes – d’où la traduction « Aide » – pour nous décharger
Cela il le fait en nous montrant ce que Jésus a accompli et subi pour nous soustraire à la colère de Dieu, nous obtenir son pardon et nous mettre en sécurité dans son alliance de grâce.
C’est ainsi qu’il nous défend avec l’Évangile du pardon – d’où la traduction « Défenseur » – contre la mauvaise conscience qui voudrait accabler ceux qui croient en Jésus-Christ et qui n’a plus de raison d’être pour celui qui mène une vie de repentance et de foi de tous les jours.
Et tous ceux que le Saint-Esprit a pu amener à cette foi et confiance en Jésus auront trouvé une consolation qui tient contre vents et marées, tant l’expiation de nos péchés par Jésus est sûre et solide. D’où la traduction « Consolateur ».
Pour nous apporter cette consolation, il nous a appelés à la foi en Jésus, appelés à avoir confiance en l’expiation de nos péchés par Jésus (1Co 12.3).
Quel réconfort que d’entendre dans la Bible :
Ce réconfort, il te le donne « par l’Évangile » (2Th 2.13-14) : L’Évangile contenu dans la Bible, et dans les sacrements du Baptême (Ac 2.38) et de la Cène (Mt 26.26-28).
Mais le Saint-Esprit ne nous laisse pas seuls avec cette divine consolation, avec cette paix extraordinaire, non, tous ceux qu’il a ainsi réconfortés par l’Évangile, il les réunit dans l’Église, « dans l’unité de l’Esprit par le lien de la paix » du Christ (Ep 4.3-6)
Comme c’est le Saint-Esprit qui nous a amenés à la foi, réunis et maintenus dans l’Église, celle-ci est aussi appelée « une habitation de Dieu dans l’Esprit », en relation avec l’action du Saint-Esprit par l’Évangile (Ep 2.22).
Et « la sainte Église universelle, la communion des saints, » la communion de ceux que Dieu considère comme saints après leur avoir pardonné, ceux qui, ainsi, « ont été conduits à la sainteté par Jésus-Christ » (1Co 1.1-2) c’est une Église sur laquelle ni Satan ni la mort n’auront d’emprise (Mt 16.18), elle est « unie à Jésus-Christ … par une résurrection semblable à la sienne » (Rm 6.5
Ceux que le Saint-Esprit a amenés à la foi en Jésus-Christ et qui y persévèrent jusqu’à la fin,
Accompagnés et assistés de ce « Paraklet », nous pouvons affronter les aléas de la vie et de la mort en toute confiance :« cela aboutira à notre salut grâce à l’assistance de l’Esprit de Jésus-Christ. » (Ph 1.19)
Pour tous ces bienfaits nous le louons et le chantons :
« Viens, ô Créateur de nos âmes, Esprit Saint, Dieu de vérité ;
Remplis nos cœurs des pures flammes De ton ardente charité.
Visite-nous, Dieu de lumière, Esprit de consolation,
Don du Très-Haut, feu salutaire, Amour et divine onction ! »
(« Veni Creator Spiritus », Raban Maur, 786-856.Trad. « Recueil Empaytaz », 1817)
Article issu de la revue Amitiés Luthérienne n°123
NB : les titres intermédiaires ne sont pas dans le texte d’origine et permettent d’adapter le texte à la lecture à notre public.