Pentecôte : les bienfaits du Saint-Esprit

Une présence discrète mais essentielle dans le Credo

Un jour on m’a fait remarquer que si le « Symbole Apostolique » faisait la part belle à Jésus-Christ, deuxième Personne de la Trinité, le Saint-Esprit, troisième Personne, n’avait droit qu’à la seule mention : « Je crois au Saint-Esprit. »

Il est vrai que seul Jésus s’est incarné ; on ne peut donc énumérer des étapes de la vie terrestre que pour lui.

Mais le « Credo » fait bien plus que simplement mentionner le Saint-Esprit. Seulement, à la place d’événements de la vie terrestre il énumère ses œuvres : « la sainte Église universelle, la communion des saints, la rémission des péchés et la vie éternelle ».

Cette énumération n’est pas un rajout au Père, au Fils et au Saint-Esprit, cela romprait le plan trinitaire du « Credo » ; non, ce sont les œuvres du Saint-Esprit qui sont énumérées à la suite de son nom.

L’éclairage de Martin Luther

Ce serait sans doute plus clair s’il y avait des verbes, comme le fait Martin Luther dans son explication :

  • Pour « je crois »: « C’est le Saint-Esprit qui m’a appelé par l’Évangile, éclairé de ses dons, sanctifié et maintenu dans la vraie foi.
  • Pour « la sainte Église universelle, la communion des saints » : « Il appelle et assemble toute l’Église chrétienne sur la terre, l’éclaire, la sanctifie et la maintient en Jésus-Christ, dans l’unité de la vrai foi. »
  • Pour « la rémission des péchés » : « Il me remet chaque jour pleinement tous mes péchés, ainsi qu’à tous ceux qui croient. »
  • Pour « la résurrection de la chair et la vie éternelle » : « Au dernier jour il me ressuscitera, moi et tous les morts, et me donnera, comme à tous les croyants, la vie éternelle en Jésus-Christ. »

Ainsi on verrait tout de suite qu’il s’agit là des œuvres du Saint-Esprit.

Une œuvre sanctifiante et consolatrice

Évidemment, le Saint-Esprit a participé à toutes les œuvres de Dieu :

  • à la création (Jb 26.13 ; 33.4 ; Ps 104.39),
  • à la conception miraculeuse de l’enfant Jésus (Mt 1.18 ; Lc 1.35) ;
  • à l’onction de Jésus de Nazareth pour l’accompagner dans sa mission (Ac 10.38 ; Jn 3.34)
  • au renforcement de ses paroles (Jn 6.63).

De tout cela nous retirons les bienfaits. Mais nous voulons ici parler plus particulièrement de son action sanctifiante.

Un acteur discret, mais fondamental de la révélation

Il est vrai qu’on parle plus souvent de l’œuvre de Jésus-Christ, auteur de notre salut, que du Saint-Esprit auquel nous devons pourtant tant.

« C’est poussés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu » (2P 1.21), au point que les auteurs divinement inspirés des livres de la Bible peuvent dire : « L’Esprit de l’Éternel parle par moi et c’est sa Parole qui est sur ma langue » (2S 23.2) ou : « Nous en parlons [des bienfaits de Dieu] avec les paroles qu’enseigne l’Esprit saint. » (1Co 2.13)

C’est donc à l’action du Saint-Esprit que nous le devons d’avoir « une parole certaine » (2P 1.19) comme fondement solide et sûr de notre foi (Ep 2.20).

Et si on a l’impression qu’on parle un peu moins de l’action du Saint-Esprit que de l’œuvre de Jésus-Christ, c’est que, dans l’Écriture qu’il a inspirée, il ne se met pas en avant mais « il rend témoignage de moi » précise Jésus (Jn 15.26). Présenter Jésus et son œuvre de salut, voilà sa mission principale.

Le Paraklet, l’Esprit promis et accompli

Jésus avait promis aux disciples qu’après son Ascension il enverra un autre « Paraklet » que lui,« l’Esprit de vérité » qui rendra témoignage de lui et de ce qu’il a fait durant sa vie dans l’abaissement sur terre et de ce qu’il fait maintenant qu’il est glorifié à la droite du Père (Jn 14.26 ; 15.26 ; 16.13-14).

Cette promesse de Jésus s’est accomplie dix jours après l’Ascension, lors de la première Pentecôte (Act 2) et continue de s’accomplir partout où l’Évangile est prêché dans le monde.

Un mot grec, une richesse intraduisible

Pour bien comprendre le but et le résultat de l’œuvre du Saint-Esprit, il faut revenir sur le nom que Jésus lui donne à plusieurs reprises : (Jn 14.16+26 ; 15.26 ; 16.7 et que l’apôtre Jean reprend dans 1Jn 2.1) : ὁ παράκλητος (ho Parakletos), « le Paraklet », celui qui vient au secours, qui assiste en défendant, en réconfortant, en consolant.

En fait, il n’existe pas en français, ni en allemand, en anglais ou en espagnol, un mot qui recouvre tous les sens du nom grec original. Aussi les traducteurs ont dû choisir entre des mots qui ne rendent qu’une partie du sens original.

Cela explique que certains traduisent par « Aide » ou « Assistant » ([“Helper] NASB),
d’autres par « Défenseur » (Segond 21, NBS),
d’autres encore par « Consolateur » (Luther [„Tröster“], Ostervald, Segond, RVC [« Consolador]).
La Bible de Jérusalem a gardé le terme « Paraklet », ce qui n’est pas compréhensible sans explication.

Le Paraklet dans la vie du croyant

L’œuvre du Saint-Esprit a pour but de venir en aide aux pécheurs que nous sommes – d’où la traduction « Aide » – pour nous décharger

  • du poids de la culpabilité envers Dieu,
  • de la colère de Dieu
  • de la peur de la damnation éternelle.

Cela il le fait en nous montrant ce que Jésus a accompli et subi pour nous soustraire à la colère de Dieu, nous obtenir son pardon et nous mettre en sécurité dans son alliance de grâce.

C’est ainsi qu’il nous défend avec l’Évangile du pardon – d’où la traduction « Défenseur » – contre la mauvaise conscience qui voudrait accabler ceux qui croient en Jésus-Christ et qui n’a plus de raison d’être pour celui qui mène une vie de repentance et de foi de tous les jours.

Et tous ceux que le Saint-Esprit a pu amener à cette foi et confiance en Jésus auront trouvé une consolation qui tient contre vents et marées, tant l’expiation de nos péchés par Jésus est sûre et solide. D’où la traduction « Consolateur ».

Pour nous apporter cette consolation, il nous a appelés à la foi en Jésus, appelés à avoir confiance en l’expiation de nos péchés par Jésus (1Co 12.3).

Un réconfort concret et durable

Quel réconfort que d’entendre dans la Bible :

  • « Ta foi t’a sauvé, » la confiance que tu places dans l’œuvre du Christ t’a sauvé,
  • « pars en paix, » tes péchés ne te sont plus reprochés,
  • Dieu est réconcilié et en paix avec toi, pour l’amour du Christ il t’a adopté comme enfant et comme héritier de la vie éternelle ! (Lc 7.50)

Ce réconfort, il te le donne « par l’Évangile » (2Th 2.13-14) : L’Évangile contenu dans la Bible, et dans les sacrements du Baptême (Ac 2.38) et de la Cène (Mt 26.26-28).

Une unité dans la paix du Christ

Mais le Saint-Esprit ne nous laisse pas seuls avec cette divine consolation, avec cette paix extraordinaire, non, tous ceux qu’il a ainsi réconfortés par l’Évangile, il les réunit dans l’Église, « dans l’unité de l’Esprit par le lien de la paix » du Christ (Ep 4.3-6)

Comme c’est le Saint-Esprit qui nous a amenés à la foi, réunis et maintenus dans l’Église, celle-ci est aussi appelée « une habitation de Dieu dans l’Esprit », en relation avec l’action du Saint-Esprit par l’Évangile (Ep 2.22).

Une Église sainte et inébranlable

Et « la sainte Église universelle, la communion des saints, » la communion de ceux que Dieu considère comme saints après leur avoir pardonné, ceux qui, ainsi, « ont été conduits à la sainteté par Jésus-Christ » (1Co 1.1-2) c’est une Église sur laquelle ni Satan ni la mort n’auront d’emprise (Mt 16.18), elle est « unie à Jésus-Christ … par une résurrection semblable à la sienne » (Rm 6.5

Vers la félicité éternelle

Ceux que le Saint-Esprit a amenés à la foi en Jésus-Christ et qui y persévèrent jusqu’à la fin,

  • ont la vie éternelle,
  • seront sauvés (Jn 3.36 ; Mt 24.13)
  • se retrouveront devant le trône de Dieu dans la félicité éternelle (Ps 16.11).

Assistance dans la vie et la mort

Accompagnés et assistés de ce « Paraklet », nous pouvons affronter les aléas de la vie et de la mort en toute confiance :« cela aboutira à notre salut grâce à l’assistance de l’Esprit de Jésus-Christ. » (Ph 1.19)

Louange au Saint-Esprit

Pour tous ces bienfaits nous le louons et le chantons :

« Viens, ô Créateur de nos âmes, Esprit Saint, Dieu de vérité ;
Remplis nos cœurs des pures flammes De ton ardente charité.
Visite-nous, Dieu de lumière, Esprit de consolation,
Don du Très-Haut, feu salutaire, Amour et divine onction ! »
(
« Veni Creator Spiritus », Raban Maur, 786-856.Trad. « Recueil Empaytaz », 1817)

Jean Haessig

Article issu de la revue Amitiés Luthérienne n°123

NB : les titres intermédiaires ne sont pas dans le texte d’origine et permettent d’adapter le texte à la lecture à notre public.

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